Prévention des risques routiers en entreprise : le guide complet pour les employeurs

En France, les accidents de la route liés au travail sont la première cause de mortalité au travail. Pourtant, de nombreuses entreprises ne disposent toujours pas d’une véritable démarche de prévention. Entre obligations réglementaires, responsabilité de l’employeur et protection des salariés, découvrez les actions essentielles pour prévenir le risque routier et sécuriser votre activité.

1. État des lieux : le risque routier professionnel en chiffres

Le risque routier professionnel concerne tous les secteurs, qu’il s’agisse du transport routier de marchandises, des commerciaux itinérants, des techniciens terrain ou de tout salarié effectuant des déplacements dans le cadre du travail. Quelques chiffres alarmants issus du rapport annuel 2023 de l’Assurance Maladie :

  • 440 personnes ont été tuées lors d’un déplacement lié au travail en 2023.
  • 144 décès lors d’un déplacement professionnel (accident de mission).
  • 296 décès lors d’un trajet domicile-travail.
  • Les accidents routiers professionnels représentent 30 % de l’ensemble des accidents mortels liés au travail (missions + trajets). Cela correspond à 1,4 décès par jour liés à un déplacement professionnel ou domicile-travail.
  • 37 % des accidents corporels de la route impliquent au moins un usager effectuant un déplacement en lien avec le travail.
  • En France, 28 millions de travailleurs sont concernés par le risque routier professionnel.
  • Ces données font du risque routier un sujet prioritaire dans tout plan de prévention sérieux, au même titre que les risques liés aux postures ou aux équipements sur le lieu de travail.

2. Cadre du travail et réglementation : ce que dit la loi

En tant qu’employeur, vous avez une obligation générale de sécurité envers vos salariés, prévue par les articles L4121-1 et L4121-2 du Code du travail. Cette obligation vous impose d’évaluer et de prévenir les risques liés aux déplacements professionnels, notamment le risque routier lors des missions. Elle vous conduit également à mettre en œuvre des actions de prévention pour réduire les risques liés aux trajets domicile-travail.

  • Votre responsabilité civile est engagée dès lors qu’un salarié est impliqué dans un accident du travail sur la route.
  • Votre responsabilité pénale peut être mise en cause en cas de dommage corporel grave, si vous n’avez pas mis en œuvre les mesures de prévention nécessaires.
  • Le risque routier professionnel doit figurer dans votre Document Unique d’Évaluation des Risques (DUER) — obligation légale pour toute entreprise, quelle que soit sa taille.

Ne pas agir, c’est prendre un risque juridique autant qu’humain.

3. Les facteurs de risque à intégrer dans votre démarche de prévention

Accident et fatigue au volant : le danger invisible

Le facteur « somnolence et fatigue » demeure une cause majeure d’accidents sur la période 2018-2022, étant impliqué dans 18 % des accidents mortels. Le risque est particulièrement important entre minuit et 9 h du matin, créneau durant lequel un accident mortel sur deux est lié à la somnolence ou à la fatigue (source : VINCI Autoroutes / ASFA). Le temps de conduite prolongé amplifie ce phénomène, notamment pour les conducteurs en transport de marchandises ou en planification des tournées serrées. Apprenez à vos équipes à reconnaître les signaux d’alerte : bâillements répétés, difficultés à maintenir une trajectoire stable, nuque raide, yeux qui picotent. La règle est simple : dès que ces signaux apparaissent, on s’arrête. Le temps de pause n’est pas une perte de temps, c’est une mesure de prévention.

Alcool, stupéfiants et conduite

Selon Sécurité-routière.gouv près de 30 % des accidents mortels sur les routes françaises impliquent un conducteur présentant une alcoolémie supérieure à la limite autorisée.

La conduite après usage de stupéfiants est un délit, quelle que soit la quantité consommée. La conduite sous l’emprise de l’alcool ou de stupéfiants expose à des sanctions pouvant aller d’une amende forfaitaire de 135 € (pour certaines infractions liées à l’alcool) à 4 500 € d’amende, accompagnées d’un retrait de 6 points et d’une suspension ou d’une annulation du permis de conduire pouvant aller jusqu’à 3 ans, selon la gravité des faits.

En cas d’accident mortel ou corporel, un dépistage de l’alcool et des stupéfiants est systématiquement réalisé afin de déterminer si le conducteur était sous l’emprise de ces substances. Dans le cadre du travail, cela implique des règles explicites sur la consommation d’alcool lors des repas d’affaires et des événements internes.

Conduite et distractions : l’impact du téléphone

La vitesse réduit fortement le champ visuel du conducteur, limitant sa capacité à détecter les dangers :

  • À 40 km/h : environ 100°
  • À 70 km/h : environ 70°
  • À 100 km/h : environ 45°
  • À 130 km/h : environ 30°

L’utilisation du téléphone au volant aggrave cette perte d’attention en détournant le regard de la route et en augmentant le temps de réaction. Elle multiplie également le risque d’accident.

Les sanctions sont les suivantes :

  • Téléphone tenu en main : 135 € d’amende et retrait de 3 points.
  • Port d’oreillettes, d’écouteurs ou d’un casque audio : 135 € d’amende et retrait de 3 points.
  • Utilisation d’un écran non destiné à l’aide à la conduite (ordinateur, tablette, lecteur vidéo…) : jusqu’à 1 500 € d’amende.

Ces données constituent des arguments concrets pour sensibiliser les conducteurs aux risques de distraction au volant.

Médicaments et points de vigilance

Certains médicaments courants peuvent altérer la vigilance, les réflexes ou la capacité de concentration, avec des conséquences sur la conduite. Les médicaments concernés sont signalés par un pictogramme comportant trois niveaux de risque :

  • Niveau 1 : Soyez prudent. Ne pas conduire sans avoir lu la notice.
  • Niveau 2 : Soyez très prudent. Ne pas conduire sans l’avis d’un professionnel de santé.
  • Niveau 3 : Attention, danger : ne pas conduire. Pour la reprise de la conduite, demandez l’avis d’un médecin.

Vos salariés connaissent-ils ce système ? Une simple information peut contribuer à prévenir un accident.

4. Mesures de prévention : ce que vous devez mettre en place

Intégrer le risque routier dans votre plan de prévention

Votre DUER doit identifier et évaluer le risque routier professionnel comme tout autre risque lié au cadre du travail. Distinguez les déplacements mission des trajets domicile-travail, qui relèvent de logiques de prévention des accidents différentes.

Rédiger une charte de sécurité routière

Formalisez par écrit les règles applicables à tous les collaborateurs amenés à conduire dans le cadre de leur mission. Ce dossier doit inclure :

  • Interdiction du téléphone en main au volant
  • Temps de pause obligatoire toutes les 2 heures sur trajet long
  • Tolérance zéro alcool pour les déplacements professionnels
  • Obligation de signaler tout traitement médicamenteux affectant la conduite
  • Obligation du port de la ceinture de sécurité à tout moment
  • Respect des distances de sécurité et des limitations de vitesse
  • Procédure en cas d’accident du travail : prévenir l’employeur dès que possible, sans appel téléphonique au volant

Ce document doit être remis et signé par chaque salarié concerné. C’est à la fois une mesure de prévention et une protection juridique pour l’entreprise.

Organiser des actions de prévention régulières

La prévention des risques routiers ne se limite pas à une note de service. Pour être efficace, elle doit être incarnée, répétée, et adaptée aux collectivités de travail concernées :

  • Ateliers internes animés par votre médecin du travail ou un prestataire spécialisé
  • Vidéo de sensibilisation diffusée lors des réunions d’équipe ou en onboarding
  • Affichages dans les zones de départ véhicule, vestiaires, salles de pause
  • Quiz ou tests de connaissance sur le code de la route et les risques spécifiques au routier professionnel
  • Témoignages de salariés ayant vécu un accident : rien de plus impactant pour mobiliser

Sensibilisez aussi vos équipes aux « fausses bonnes idées » contre la fatigue, car elles donnent une illusion de sécurité : fumer pour rester éveillé réduit en réalité l’oxygène dans l’habitacle et accentue la fatigue ; ouvrir la fenêtre n’a qu’un effet revigorant temporaire ; le café ou un excitant n’agit que sur une courte durée ; chanter fort finit par déconcentrer et fatiguer. Seul l’arrêt et le repos sont efficaces. Ciblez les bons moments : avant les grands départs, après un incident, lors de l’intégration de nouveaux collaborateurs, en début d’année pour poser les objectifs sécurité.

Organisation des déplacements et choix du véhicule

L’organisation des déplacements est un levier de prévention souvent négligé. Quelques bonnes pratiques :

  • Planification des tournées en tenant compte du temps de conduite réel, des pauses obligatoires et des aléas trafic
  • Choix du véhicule adapté aux besoins : un véhicule bien entretenu, équipé d’aides à la conduite (régulateur, alerte franchissement de ligne), réduit le risque
  • Mise en place d’un suivi des kilométrages et des incidents pour identifier les situations à risque
  • Encouragement des alternatives : train pour les longues distances, transports en commun ou covoiturage pour les trajets répétitifs, télétravail quand le déplacement n’est pas indispensable

Moins d’exposition sur route = moins de risque. C’est aussi simple que ça.

S’appuyer sur la médecine du travail

Votre service de médecine du travail est un allié stratégique dans votre démarche de prévention. Il peut identifier les salariés à risque (troubles du sommeil, traitements de niveau 2 ou 3, acuité visuelle insuffisante), animer des actions de sensibilisation collectives, émettre des recommandations d’aptitude à la conduite et vous conseiller sur les charges de travail et l’organisation des déplacements. Pour rappel, tout conducteur doit disposer d’une acuité visuelle d’au moins 5/10 pour l’ensemble des deux yeux.

5. Faire de la prévention des risques routiers une priorité durable

Structurer une démarche de prévention des risques routiers dans votre entreprise, c’est avant tout un acte de responsabilité envers vos salariés. C’est aussi un investissement concret : réduction des accidents du travail, baisse de l’absentéisme, protection juridique renforcée, amélioration de la marque employeur dans tous les secteurs. Les outils existent. La réglementation est claire. Il ne manque souvent qu’une chose : décider de passer à l’action, avec un plan de prévention structuré et des actions de prévention régulières.

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